Certains naissent de façon posthume… C’est le cas d’Henri Lefebvre (1901-1991), en un sens, puisqu’après avoir transité par les USA, il revient en France, la crise étant son élément. En quoi des idées émises par lui, peuvent-elles nous aider à construire des possibles,des utopies concrètes ?
Henri Lefebvre (1901-1991) est le sociologue français dont les œuvres sont les plus traduites dans le monde. Aujourd’hui, un retour s’opère à la pensée d’H.Lefebvre, un mouvement mondial : un cinquantaine d’ouvrages sont parus sur lui ces dix dernières années, en anglais, allemand, espagnol, portugais et… coréen. Les géographes, bien que pris par les auteurs comme exemple de lecteurs "contingents" de Lefebvre, sont partout - à part en France - les plus actifs de ses redécouvreurs.
Avec ce livre Hugues Lethierry propose une nouvelle biographie d’Henri Lefebvre. Chercheur indépendant, enseignant à l’IUFM de Lyon 1, son nouvel ouvrage porte la marque des précédents sur les "apprentissages militants" et "se former dans l’humour". Avec un ton personnel qui lui permet de réussir parfaitement cette gageure : présenter de manière abordable un penseur réputé difficile, mais sans rien céder sur le fond, en faisant preuve d’une culture philosophique sans faille et d’une érudition époustouflante, pour nous présenter les différentes étapes de cette riche et suggestive "égosociobiographie" intellectuelle de Lefebvre..
1968, Henri Lefebvre publie " Le droit à la ville " : deux mois avant les émeutes de mai l’ouvrage devient vite un " manifeste ". Il s’inscrit dans un climat marqué par l’urbanisme fonctionnaliste, la fin de la ville industrielle, son éclatement en banlieues et périphéries. Les années suivantes confirmeront l’émergence de cette nouvelle réalité, l’urbain. De cette société urbaine en formation Henri Lefebvre espère voir émerger un nouvel horizon plus favorable à l’homme.
Cet ouvrage attendu, ambitieux et passionnant, vise rien moins qu’à refonder les disciplines spatiales, tout aussi bien que la théorie critique.
Curieux destin pour Henri Lefebvre (1901-1991), philosophe français, marxiste, communiste, sociologue d’abord du monde rural pyrénéen, puis théoricien de l‘urbain et du droit à la ville. S’il eut son heure de notoriété hexagonale, avec un "Que-Sais-Je ?" sur le marxisme (1948) qui fut un best-seller populaire, on ne saurait pourtant guère affirmer qu’il fut prophète en son pays.
Certes, le texte de la géographe brésilienne Ana Fani Alessandri Carlos, publié dans ce numéro de La Somme et le reste, qui propose une nouvelle lecture géographique de la ville, se suffit-il bien évidemment à lui-même. Mais, pour mieux apprécier son apport et mesurer sa relation à la pensée spatiale d’Henri Lefebvre, peut-être est-il souhaitable de le mettre en perspective dans l’évolution de la géographie brésilienne depuis un quart de siècle.
Volontiers présenté comme philosophe, urbaniste ou sociologue, Henri Lefebvre (1901-1991) devrait en tant que « spatiologue » interpeller davantage, et en tout premier lieu, les géographes. Comme c’est encore loin d’être vraiment le cas, les objectifs de cet article sont en ce sens principalement les suivants : faire d’abord le lien entre la pensée spatiale d’Henri Lefebvre, telle qu’elle apparaît tout particulièrement dans « La production de l’espace » et sa « critique de la vie quotidienne » ; examiner comment certains géographes contemporains ayant la volonté de s’inspirer de cette pensée la prolongent et l’actualisent dans leurs propres réflexions.