Łukasz Stanek présente sa première conférence publique sur son livre « Henri Lefebvre on Space : Architecture, Urban Research, and the Production of Theory » University of Minnesota Press, 2011. Il met en perspective une vue d’ensemble conceptuelle de la théorie de Lefebvre et deux de ses sources largement oubliées : les engagements du sociologue dans la recherche à propos des pratiques d’habitation dans la France d’après-guerre d’une part, et d’autre part, ses échanges avec des architectes et urbanistes dans les années 1960 et 1970.
Ce colloque international, à l’initiative des enseignants des départements de sociologie, d’ethnologie et de géographie de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, est organisé dans ces lieux où Henri Lefebvre fut professeur de sociologie. L’objectif de ces journées est double. D’une part, il importe de faire le point sur l’actualité de la pensée de Lefebvre à l’étranger, en particulier dans les pays où ses livres ont fait l’objet de nombreuses traductions : Etats-Unis, Royaume Uni, Japon, Corée, Espagne, Brésil, Iran... Là, son oeuvre se trouve utilisée de façon systématique comme cadre de référence théorique et base de réinterprétation critique, et bénéficie de nouvelles mises en perspective biographiques. D’autre part, il s’agit de croiser ces approches avec les travaux contemporains s’inscrivant explicitement ou implicitement dans cette sensibilité intellectuelle en France, où l’oeuvre de Lefebvre semble avoir connu une relative éclipse pendant les dernières décennies. Certains de ces travaux émanent de proches d’Henri Lefebvre, d’autres en portent la trace intellectuelle, témoins d’une influence distante mais persistante.
S’adressant à un large public - spécialistes ou non - les auteurs s’interrogent sur notre actuel "droit à la ville", le combat contre les aliénations, pour une réappropriation de l’humain, contre la ghettoïsation, la segmentation de l’espace scolaire, pour un pouvoir plus collectif. Tout un programme qui ne reste pas dans les seules "idéalités" et intéressera tant les acteurs sociaux que les urbanistes et éducateurs de terrain, soucieux de réhabiter et de réhabiliter l’espace [2].
Henri Lefebvre (1901-1991) est le sociologue français dont les œuvres sont les plus traduites dans le monde. Aujourd’hui, un retour s’opère à la pensée d’H.Lefebvre, un mouvement mondial : un cinquantaine d’ouvrages sont parus sur lui ces dix dernières années, en anglais, allemand, espagnol, portugais et… coréen. Les géographes, bien que pris par les auteurs comme exemple de lecteurs "contingents" de Lefebvre, sont partout - à part en France - les plus actifs de ses redécouvreurs.
Avec ce livre Hugues Lethierry propose une nouvelle biographie d’Henri Lefebvre. Chercheur indépendant, enseignant à l’IUFM de Lyon 1, son nouvel ouvrage porte la marque des précédents sur les "apprentissages militants" et "se former dans l’humour". Avec un ton personnel qui lui permet de réussir parfaitement cette gageure : présenter de manière abordable un penseur réputé difficile, mais sans rien céder sur le fond, en faisant preuve d’une culture philosophique sans faille et d’une érudition époustouflante, pour nous présenter les différentes étapes de cette riche et suggestive "égosociobiographie" intellectuelle de Lefebvre..
1968, Henri Lefebvre publie " Le droit à la ville " : deux mois avant les émeutes de mai l’ouvrage devient vite un " manifeste ". Il s’inscrit dans un climat marqué par l’urbanisme fonctionnaliste, la fin de la ville industrielle, son éclatement en banlieues et périphéries. Les années suivantes confirmeront l’émergence de cette nouvelle réalité, l’urbain. De cette société urbaine en formation Henri Lefebvre espère voir émerger un nouvel horizon plus favorable à l’homme.
Cet ouvrage attendu, ambitieux et passionnant, vise rien moins qu’à refonder les disciplines spatiales, tout aussi bien que la théorie critique.
Curieux destin pour Henri Lefebvre (1901-1991), philosophe français, marxiste, communiste, sociologue d’abord du monde rural pyrénéen, puis théoricien de l‘urbain et du droit à la ville. S’il eut son heure de notoriété hexagonale, avec un "Que-Sais-Je ?" sur le marxisme (1948) qui fut un best-seller populaire, on ne saurait pourtant guère affirmer qu’il fut prophète en son pays.
Certes, le texte de la géographe brésilienne Ana Fani Alessandri Carlos, publié dans ce numéro de La Somme et le reste, qui propose une nouvelle lecture géographique de la ville, se suffit-il bien évidemment à lui-même. Mais, pour mieux apprécier son apport et mesurer sa relation à la pensée spatiale d’Henri Lefebvre, peut-être est-il souhaitable de le mettre en perspective dans l’évolution de la géographie brésilienne depuis un quart de siècle.
Volontiers présenté comme philosophe, urbaniste ou sociologue, Henri Lefebvre (1901-1991) devrait en tant que « spatiologue » interpeller davantage, et en tout premier lieu, les géographes. Comme c’est encore loin d’être vraiment le cas, les objectifs de cet article sont en ce sens principalement les suivants : faire d’abord le lien entre la pensée spatiale d’Henri Lefebvre, telle qu’elle apparaît tout particulièrement dans « La production de l’espace » et sa « critique de la vie quotidienne » ; examiner comment certains géographes contemporains ayant la volonté de s’inspirer de cette pensée la prolongent et l’actualisent dans leurs propres réflexions.