Le Groupe d’Histoire locale de l’Amicale Laïque (Patrimoine et citoyenneté) a publié en juillet dernier une brochure de 36 pages, sous le titre « SAVENAY, L’histoire d’une ville à la campagne ». La concurrence-émulation au sein du Groupe d’histoire locale de l’Amicale laïque de Savenay, entre les sous-groupes « Patrimoine et Citoyenneté » et « Etude & Réflexion » s’avère une bonne chose, dans la mesure où elle aboutit à une multiplication de publications.
Celle-ci est présentée dans une nouvelle collection intitulée « Les annales savenaisiennes » qui devrait compter encore deux autres titres : 2 - « SAVENAY à la croisée des chemins du Patrimoine et de l’Histoire (monuments, sites, paysages », et 3 - « Les grandes heures de SAVENAY ».
Certes la présentation de ce beau travail est-elle d’abord très soignée et l’édition parfaite, l’impression ayant été réalisée par une entreprise locale. N’est-ce pas la moindre des choses pour une édition ayant bénéficié du soutien logistique et/ou financier de la Communauté de Communes, de la Municipalité et des services municipaux, et de l’Office du Tourisme (voir les remerciements p.35) ?
L’objectif « plus global », annoncé est de « faire connaître, mieux comprendre, apprécier, mieux vivre… à Savenay, en nous adressant à tous nos concitoyens, anciens et nouveaux Savenaisiens, résidents permanents ou de passage » (p.5).
Fort bien, mais l’ambition réelle n’est pourtant pas si modeste et utilitaire. Elle apparaît bien dans le titre « SAVENAY, L’histoire d’une ville à la campagne ». « L’histoire », comme si elle était d’ores et déjà établie et achevée, et pas « une histoire », ou un simple « historique ». Et quel sens faut-il donc donner à l’intitulé « Annales ». Celui, selon le Robert, « d’ouvrage rapportant les événements dans l’ordre chronologique » ?, alors qu’on va plus loin dans cette première livraison. Ou celui de « revue, recueil périodique » ?, alors que leur nombre est fixé à 3 numéros seulement.
Ensuite, cette première brochure est clairement porteuse d’une problématique – manière et sens de la réponse à la question posée - qui ne se cache pas. Au-delà du seul titre, la formule « ville à la campagne » ne s’affiche pas moins de 22 fois en 36 pages ! Outre qu’elle est contestable, ne reconnaît-on pas là le thème central des orientations de Loire et Sillon pour son projet de territoire ? On ne peut non plus manquer et ignorer les deux préfaces du Maire et de son adjointe de Savenay (p.3), ce qui pour cette brochure, fait plus du quart de la pagination.
Enfin, si les crédits iconographiques sont fournis il n’y a par ailleurs aucune bibliographie, sauf les deux ouvrages de Mme Hussenot, dont le statut d’historienne locale est ainsi poussé jusqu’à l’exclusivité. Ce qui restreint tout de même quelque peu les pistes de choix pour ceux qui pourraient chercher à en savoir plus, ailleurs et autrement. En dehors de ces deux seules références, aucun doute que des indications bibliographiques plus nombreuses et précises pouvaient être fournies pour chacune des grandes époques de l’Histoire de Savenay.
Tout cela finit par donner l’impression qu’on a là, à l’échelle locale, un bel exemple d’histoire officielle, relais sponsorisée et aseptisée des orientations municipales et communautaires.
La chronologie « Savenay au fil du temps » (p.14) et la page consacrée à l’époque contemporaine, où on passe sans crier gare de 1912 à 2006 (p.23), témoignent pourtant qu’il reste encore beaucoup de recherches et d’études historiques à faire concernant notamment les trois derniers quarts du XXème siècle. On peut s’inquiéter si ça devait continuer à être fait de la sorte.
En dépit des évolutions récentes des représentations la concernant, mélangeant histoire, « travail » puis « devoir de mémoire », « patrimoine », etc… il faut redonner à l’histoire toute sa dignité et son utilité de science sociale critique, mettant en œuvre avec exigence ses méthodes. Et « l’histoire citoyenne » n’a pas grand-chose à gagner à être ainsi appropriée et instrumentalisée au service d’une personne, d’un groupe ou de quelconques idées préconçues. Mais chacun doit évidemment en juger par lui-même, par la nécessaire lecture de ce travail dont la consultation est très agréable, même si son contenu et ses orientations posent assurément problème.
En vente 10 €, à l’Accueil de la Mairie, en librairies et à l’Office du tourisme. |