Warning: strstr() expects parameter 1 to be string, array given in /var/www/vhosts/FilerWeb01/jy-martin.fr/httpdocs/ecrire/inc/texte.php on line 415 "La condition spatiale" - [Territoires en partage ...]
Territoires en partage ...

"La condition spatiale"

Plaidoyer pour une géographie radicale critique

mercredi 21 septembre 2011 par Traduction J-Yves Martin

Extraits de la présentation de l’auteure, Ana Fani Alessandri Carlos

"Ce livre pointe le chemin qui permet de penser la production de l’espace comme immanente à la production de la société dans le mouvement (historique) de sa reproduction".

Editora Contexto, São Paulo, 2011, 160 p.

"Il s’agit de penser la production de l’espace dans ses fondamentaux sociaux, c’est-à-dire, la production de l’espace insérée dans l’ensemble des productions qui donne contenu et sens à la vie humaine. D’une manière qu’il s’établit un point de départ possible : l’espace, tel qu’il peut être appréhendé par la géographie, dans un mouvement dialectique qui le définirait comme condition, milieu et produit de l’action humaine. Je situe par conséquent mon investigation, dans la production de l’espace localisée dans la totalité du processus de production sociale.

La question spatiale m’a poursuivie depuis que j’ai terminé mon cursus universitaire en géographie. Sur le moment, une certitude embrumait le bonheur de cette formation ; après tant de temps consacré aux études, les contenus de la notion d’espace demeuraient une méconnaissance incommode. Des décennies plus tard, tout n’a pas été résolu. En réalité, plus on apprend sur une chose, plus les horizons s’ouvrent. Mais si nous croyons que les avancées théoriques dans la discipline sont collectives, certaines de ces réflexions doivent venir à la lumière du jour pour que d’autres puissent les contester ou les approuver. De cette manière, le travail solitaire peut rencontrer des interlocuteurs dans et hors de la géographie, étant posé que la production de l’espace se présente comme un défi pour tous ceux qui veulent comprendre le monde moderne et la condition à travers laquelle la vie se constitue et se développe aujourd’hui, éclairant les nouvelles contradictions aussi bien que l’horizon dans lequel devra se situer le projet constitutif d’une nouvelle société.

Dans le monde moderne l’intensité des processus et la rapidité du vécu marquent les relations des hommes entre eux et de ceux-ci avec l’espace, chaque fois que se transforme le temps, le rythme s’accélère. « Notre rythme de vie ne connaît pas le temps long », nous assure Calvino (1). L’idée d’un temps rapide, d’un ici et maintenant, d’un présent sans épaisseur, paraît déposséder le citoyen d’un passé, de son histoire, le laissant esseulé dans la fièvre de l’instantané. Le passé, en tant qu’expérience et sens de ce qui produit le présent, se perd, du même pas que le futur s’estompe dans le temps de la rapidité de la transformation des formes – le lieu étant chaque fois plus celui du non usage, bientôt, de la non identité.

Comme les relations sociales ont une existence réelle dans la condition d’une existence spatiale, c’est-à-dire, dans les actes simples et ordinaires de la vie quotidienne, elles se réalisent dans le lieu où se créé l’identité dans des relations médiatisées par l’usage, ce qui est fait à travers la mémoire. La mémoire compte réellement pour les individus, les collectivités, les civilisations, seulement si se maintiennent ensemble la marque du passé et le projet du futur, s’il est permis de faire sans oublier ce qu’on prétend faire, changer sans cesser d’être, être sans cesser de changer (2).

Ce sont les changements dans le temps et dans l’espace, et dans leur relation, qui aident à définir la modernité d’aujourd’hui. Je veux insister sur le fait que nous négligeons diverses possibilités de compréhension du monde à partir de la géographie. De la même manière, je veux insister sur le fait que l’analyse que j’entends être spécifiquement géographique se fonde sur le raisonnement selon lequel les relations sociales se réalisent concrètement en tant que relations spatiales. C’est à travers et dans la pratique socio-spatiale (3) que l’individu de réalise en tant que tel au long de l’histoire, dans une pratique qui révèle la construction de l’humanité de l’homme. L’approche spatiale englobe la société dans son ensemble, dans son action réelle, dans son mouvement d’objectivation/subjectivation ; constitue un univers imbriqué de situations, considère les nécessités, les aspirations et les désirs, lesquelles de réalisent sous la forme de possibilités.

Ainsi, quand nous affirmons que les relations sociales s’objectivent en tant que relations spatiales concrètes se matérialisant, nous pointons une différenciation de la géographie par rapport aux autres savoirs. En ciblant la pratique, le mouvement de la pensée va dans la direction du concret, de la pratique réelle avec les contradictions vécues. De cette manière, pour comprendre comment l’être humain se réalise dans sa relation avec la nature, en elle et sans sortir d’elle, il devient nécessaire de déplacer l’analyse du plan de la phénoménologie à celui de la pratique réelle […]

Il en découle la compréhension de ce que le monde produit se révèle comme une œuvre humaine, au long du processus civilisateur, pratiquement, dans sa reproduction. Il y a dans ce processus une double détermination : l’homme s’objectivise en construisant un monde réel et concret, en même temps qu’il se subjectivise dans le processus en prenant conscience de cette production.

De cette manière, les relations sociales qui construisent concrètement le monde se réalisent comme mode d’appropriation de l’espace pour la reproduction de la vie dans toutes ses dimensions. Elles se réfèrent aux modes d’appropriation qui construisent l’être humain et créent l’identité qui se réalise par la médiation de l’autre (sujet de la relation), alors que les relations sociales ont une concrétude dans l’espace, dans des lieux où se réalisent la vie humaine, englobant un emploi de temps déterminé qui se matérialise en tant que mode d’usage de l’espace.

Ceci est une caractéristique de la vie humaine, au-delà de la condition de reproduction qui se réalise en associant deux plans ; l’individuel (qui de révèle, dans sa plénitude, dans l’acte d’habiter) et le collectif (plan de réalisation de la société, se réalisant dans la ville). Ainsi, la relation espace-temps s’explicite, dans la condition de pratique socio-spatiale, au plan de la vie quotidienne, se réalisant en tant que mode d’appropriation (qui englobe espace et temps déterminés) (…)

En ce sens, il convient de ne pas oublier comment Lefebvre termine son livre Hegel, Marx et Nietzsche : ou le royaume des ombres :

dans l’espace s’inscrivent et plus encore se réalisent les différences, de la moindre à l ’extrême [...] l’espace devient le lieu et milieu des différences [...]. Il comporte une épreuve concrète, liée à la pratique et à la totalité du possible [...] œuvre et produit de l’espèce humaine, l’espace sort de l’ombre, comme la planète d’une éclipse ” (4)

Beaucoup des idées présentées ici sont apparues dans d’autres lieux – articles et chapitres de livres. Ici, toutefois, elles gagnent un autre mouvement en direction de la compréhension des contradictions que la production de l’espace recèle, pointant un nouveau mode d’expression des luttes de classes : la lutte pour l’espace qui se déploie dans les conflits autour du droit à la ville et pour la terre dans les campagnes […]"

Février 2011

Notes :
- 1 Ítalo Calvino, Por que ler os clássicos , São Paulo, Cia. das Letras, 1994, p. 15.
- 2 Henri Lefebvre, Presencia y ausencia , México : Fondo de cultura econômica, 2006, p. 19.
- 3 J’ai choisi ici d’utiliser "socio-spatial" au lieu de sociospatial pour souligner simultanément, les relations sociales et à l’espace, prenant en compte l’articulation dialectique des deux, dans le contexte de la totalité sociale, mais préservant l’individualité de chacune.
- 4 Henri Lefebvre, Hegel, Marx et Nietszche : ou le royaume des ombres, Paris, Casterman, 1975, p. 223).


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 169248

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Espace & territoires : géographie critique (...)   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.5 + AHUNTSIC

Creative Commons License