Warning: strstr() expects parameter 1 to be string, array given in /var/www/vhosts/FilerWeb01/jy-martin.fr/httpdocs/ecrire/inc/texte.php on line 415 Territoires, territorialités, territorialisation - [Territoires en partage ...]
Territoires en partage ...
Controverses et perspectives

Territoires, territorialités, territorialisation

vendredi 13 août 2010 par Jean-Yves Martin

Ce livre constitue les Actes d’un colloque tenu sous ce titre à Grenoble, les 7 et 8 juin 2007. Il s’y posait, selon son organisateur, Martin Vanier, des questions à la fois disciplinaire (géographie), internationale (mondialisation), de l’action (publique) et de prospective (théorique), «  pour un même objet, concept, champ ou paradigme », écrit-il dans l’introduction.

Mais ajoute-t-il : « reconnaissons-le d’emblée : aucune de ces questions n’a été surmontée, toutes restent posées, sinon dans les mêmes termes, du moins avec la même acuité ». Ce qui confirmerait plutôt l’interrogation exprimée dans l’invitation au colloque, sur « le risque du mythe opératoire qu’il a pu représenter ? La "transition territoriale" serait-elle en voie d’achèvement ?  ». Faudrait-il dès lors « installer l’hypothèse de sa possible obsolescence » ? Mais, avec la polysémie du terme, une certaine confusion règne toujours à propos de la territorialité, que ce colloque ne contribue finalement guère à lever.

Deux groupes d’intervenants

D’autant qu’en prenant au sérieux la distinction établie d’emblée entre « les chercheurs confirmés, en milieu voire en fin de carrière, et dont le parcours scientifiques présente une certaine assisie théorique », d’une part, et « le regroupement des jeunes chercheurs contributeurs, doctorants eu tout nouveaux maitres de conférences », d’autre part, force est de constater que l’apport à la réflexion de ces deux groupes est effectivement fort inégal. Les premiers - à part les contributions de Marie Ozouf Marinier, sur l’historique de la notion de territoire dans les sciences sociales et la géographie, et de Pierre Musso, portant critique de la notion de "territoire numérique" - ne brillent ni par leur limpidité, ni par un apport heuristique très évident. Par contre, les seconds abordent des questions plus concrètes, allant au-devant des problèmes de terrain, et porteuses de davantage d’implications et de conséquences pratiques.

Vers un "régime de territorialité réflexive"

Par exemple, Patrice Melé s’efforce-t-il d’identifier un "régime de territorialité réflexive". Son texte « se propose de faire le pari de la productivité des notions de territoires, territorialité et territorialisation pour rendre compte des effets de phénomènes contemporains qui [lui] semble induire une mutation des relations de la population à l’espace : la diffusion du patrimoine et de l’environnement comme valeurs et cadres d’action, et la multiplication des situations de conflit, controverses ou transactions dans lesquelles des résidents mobilisent ces valeurs pour défendre certaines qualités de leur espace proche ». Pour lui, la notion de "régime de territorialité réflexive" est un outil permettant l’analyse d’une territorialité non plus marquée par "l’ancrage, la tradition et le temps long, mais par « une place particulière de l’action, du débat public, de la diffusion de modes de connaissances et de valorisation de l’espace, de la mise à distance de l’expérience quotidienne pour la transformer en savoir mobilisable dans les épreuves ». En conséquence : « dans un contexte marqué par l’accroissement des mobilités et la remise en cause des ancrages "traditionnels", que certains dénomment "dé-territorialisation", la multiplication des situations territorialisées d’action publique constitue une forme de territorialisation qui semble jouer un rôle croissant dans le rapport à l’espace des individus ».

De la "territorialisation de l’action publique" au "gouvernement à distance"

Concernant le foisonnement des travaux sur la territorialisation de l’action, Renaud Epstein pense, pour sa part, pouvoir tirer un bilan de « grand flou artistique » et de « maigres avancées théoriques ». Cependant, il souligne clairement ce paradoxe : « on assiste à une réaffirmation de la centralité étatique dans la gestion des territoires, qui procède d’une série de réformes bouleversant à la fois le mode de conception des politiques publiques, l’organisation de l’appareil administrative de l’ État et des instruments au travers desquels ce dernier intervient dans les territoires ».

Après un bref historique des différentes lois (Voynet - Chevènement en 1999, puis en 2005), il montre que "d’une décentralisation à l’autre", on est peu à peu passé à "l’ère contractuelle". Avec l’élargissement des blocs de compétences, le recours aux contractualisations territoriales, d’une échelle à l’autre (métropole, département, intercommunalité, commune), a installé un politique de guichet sur des projets ciblés. Loin de constituer un quelconque effacement, ce "retrait de l’État", "hors du local", s’accompagne en fait « d’un profond renouvellement de ses instruments d’intervention dans les territoires, renforçant ainsi ses capacités d’orientation à distance des acteurs locaux ».

La réforme de la DATAR, la multiplication des Agences (telle l’ANRU) formant "guichet unique", reposant sur la rhétorique managériale et portant appréciation sur tout projet local sur des critères opaques, sont les instruments d’une gestion de la révision à la baisse des dépenses publiques.

Pour lui, désormais, « la rupture est nette : ces relations ne s’établissent plus sur un mode hiérarchique mâtiné d’arrangements (jacobinisme apprivoisé) et ne relève plus non plus de la négociation politique (modèle contractuel). Elles sont transformées par les évolutions institutionnelles, de nouveaux instruments permettant au pouvoir central d’orienter à distance l’action des acteurs locaux, en leur faisant intégrer – sans les imposer ni les négocier – des priorités hors sol ». Forte conclusion, qui relativise et démystifie sans ménagement inutile tous les beaux discours officiels sur la décentralisation.

Non, les réflexions sur les contenus réels du cycle de dé-reterritorialisation en cours ne sont pas achevées et appellent encore, au-delà de tout épuisement supposé du paradigme, de nombreux développements et éclaircissements.

Martin Vanier (dir.), « Territoires, territorialités, territorialisation, controverses et perspectives », PUR, Rennes, 2009, 228 p., 17 €.


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