Deprecated: Assigning the return value of new by reference is deprecated in /var/www/vhosts/FilerWeb01/jy-martin.fr/httpdocs/ecrire/lib/safehtml/classes/safehtml.php on line 348 Warning: strstr() expects parameter 1 to be string, array given in /var/www/vhosts/FilerWeb01/jy-martin.fr/httpdocs/ecrire/inc/texte.php on line 415 Sociabilités militantes au PCF - [Territoires en partage ...]
Territoires en partage ...
Servir la classe ouvrière

Sociabilités militantes au PCF

Trois questions à son auteur, Julian Mischi

mercredi 27 janvier 2010

Trois questions à Julian Mischi. Entretien pour les Nouvelles de Loire Atlantique. (N°884 du 28 janvier 2010)

Le nazairien Julian Mischi, docteur en science politique (EHESS), est chargé de recherche en sciences sociales à l’INRA (CESAER, Dijon). Il enseigne à Sciences-Po Paris et à l’université de Bourgogne et publie un nouveau livre : "Servir la classe ouvrière" aux Presses Universitaires de Rennes.

J-Yves Martin - NLA : Pourquoi ce titre et que faut-il entendre par "sociabilités militantes" ?

Julian Mischi : Il était important pour moi que l’expression « classe ouvrière » figure dans le titre de l’ouvrage. Ce terme, aujourd’hui passé de mode, était au cœur des mouvements sociaux du siècle dernier, notamment lors du Front Populaire et de mai-juin 68. Le PCF, avec la CGT, a directement contribué à la formation de la classe ouvrière en France en favorisant la diffusion d’un sentiment d’appartenance de classe dans les milieux populaires. Son discours d’émancipation et de lutte de classe, tout comme sa valorisation de figures ouvrières emblématiques, comme le mineur ou le métallo, ont joué un rôle central. Surtout, le PCF a pu apparaître comme le «  parti de la classe ouvrière », en raison de sa forte audience dans les milieux industriels, milieux d’où sont issus non seulement l’essentiel de ses soutiens électoraux et de ses effectifs militants, mais également ses principaux dirigeants. Les ouvriers ne sont pas seulement au centre de sa rhétorique, ils en constituent également l’essentiel des représentants.

En mettant au cœur de l’analyse les sociabilités militantes, il s’agit d’éclairer les pratiques des militants communistes, de mieux donner à voir leurs actions quotidiennes dans les cellules, les mairies ou les associations. Ceci afin de ne pas réduire l’engagement communiste à une simple adhésion idéologique, à la seule séduction intellectuelle de la doctrine marxiste. Être communiste, c’était avant tout s’inscrire au sein de réseaux de solidarité, partager des valeurs communes lors de rencontres amicales, c’est-à-dire participer à une sociabilité. J’aborde par exemple longuement les pratiques festives ou commémoratives, qui occupent une place importante dans l’univers communiste.

NLA - Quels terrains et quelles approches pour ta recherche ?

JM : La recherche a été menée dans quatre départements (Allier, Isère, Loire-Atlantique, Meurthe-et-Moselle). L’objectif était de prendre en compte la diversité du communisme français en portant le regard sur une variété de régions industrielles et d’espaces ruraux. Avec la région de Saint-Nazaire, ce sont les ouvriers de la navale et de l’aéronautique qui sont au premier plan. Pour bien comprendre leur rapport au PCF, il a fallu se pencher sur ce qui se passe dans les ateliers des usines dans les sections syndicales, mais aussi dans les cités de relogement et les localités du marais de Brière.

C’est en effet surtout dans les communes de Trignac, Montoir-de-Bretagne et Saint-Joachim que les réseaux communistes se développent jusqu’à conduire à l’établissement de « municipalités ouvrières » dans les années 1970. La situation de la Loire-Atlantique est mise en rapport avec d’autres cas locaux, notamment celui de la Lorraine des mines et de la sidérurgie, où l’organisation communiste est beaucoup plus influente. Le PCF bénéficie aussi d’une forte audience dans les campagnes de l’Allier, terrain qui permet d’aborder l’engagement communiste des populations rurales et paysannes, thématique peu étudiée jusqu’ici.

L’approche adoptée associe sociologie et histoire. Elle mobilise à la fois des entretiens réalisés auprès de militants et de militantes et des documents d’archives collectés à différents endroits, à la direction nationale du PCF ou chez les militants eux-mêmes. Et je voudrais souligner ici le très bon accueil que j’ai reçu de la part des communistes du département. Je tiens à les remercier ainsi que les responsables de la fédération de Loire-Atlantique, qui m’ont permis de travailler dans les meilleures conditions.

NLA : Les pratiques militantes confirment-elles l’idée courante du "monolithisme" du PCF ?

JM : Le PCF est souvent perçue comme une institution fortement centralisée reposant sur une démocratie stalinienne descendante. Or l’exploitation d’archives internes très riches et la variation constante, tant des lieux que des échelles d’observation, donnent à voir un courant communiste qui prend des formes diverses selon les territoires et les périodes. A rebours de l’image monolithique qui lui est couramment associée, la mobilisation communiste apparaît plurielle. Sur le terrain, loin de Moscou et de Paris, les dirigeants départementaux doivent composer avec les réalités propres aux groupes et aux territoires qu’ils investissent. Résultat, le communisme observé dans les régions ne correspond toujours au modèle voulu par les dirigeants. Suivant des consignes nationales, ces derniers cherchent à politiser l’action des adhérents « de base » qui eux ne vivent pas de la politique et ont une vie hors du parti. Dans les localités et les entreprises, les pratiques militantes sont alimentées tant par des recommandations politiques que par les expériences de la vie quotidienne.

J. Mischi, "Servir la classe ouvrière, sociabilités militantes au PCF", Ed. PUR, Rennes, 2010, 344 p., 19€.

Sommaire de l’ouvrage :

- Territoires et militants communistes

  • « Le travail du Parti dans les entreprises » : les militants du fer lorrain
  • Les militants ruraux d’un parti ouvrier : le bocage bourbonnais
  • Des communistes minoritaires en terre industrielle : la région de Saint-Nazaire
  • Défendre le rôle dirigeant de la classe ouvrière : le PCF à Grenoble

- Travail partisan et usages sociaux du parti

  • Sélection et promotion des cadres locaux
  • L’encadrement des pratiques militantes
  • Le travail de cohésion symbolique : commémorations et célébrations
  • Les appropriations populaires du parti

J. Mischi, " Servir la classe ouvrière, sociabilités militantes au PCF ", Ed. PUR, Rennes, 2010, 344 p., 19€.


Forum

Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 169414

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Histoire locale et sociale : Savenay & Saint-Nazaire   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.5 + AHUNTSIC

Creative Commons License