Territoires en partage ... "Alter-Géo" V.0.2
Bilan de 5 ans du PNRA II brésilien :

La contre-réforme agraire du gouvernement Lula

par Ariovaldo Umbelino * 4 Mai 2009

vendredi 17 juillet 2009 par Traduction J-Yves Martin

Le gouvernement de Luiz Inácio da Silva a définitivement abandonné la réforme agraire comme mot d’ordre politique au cours de son second mandat. Le PNRA II [1] s’est arrêté en 2007 et le gouvernement n’a pas mis à l’agenda politique de 2008 la poursuite de la réforme agraire à travers l’élaboration du PNRA III. De cette manière, il l’a retirée de ses objectifs politiques.

L’analyse de cinq ans de mise en œuvre du PNRA II, entre 2003 et 2007, révèle que, bien que le ministère du développement agraire (MDA) et l’INCRA [2] aient annoncé le nombre officiel de 448.954 familles installées, ces données se réfèrent aux RBs [3]. Cependant, en désagrégeant ces résultats finaux, l’objectif 1 du PNRA II se termine avec seulement 163.000 familles installées dans des «  assentamentos  » [4] nouveaux, c’est-à-dire la véritable réforme agraire.

Entrent d’abord dans la différence qui reste 113.000 familles en rapport à l’objectif 2, à savoir la régularisation foncière. Ce sont également 171.000 familles encadrées par le rétablissement foncier, qui sont principalement le fruit de la reconnaissance d’ assentamentos anciens. Et, pour finir, ce sont également 2.000 familles réinstallées atteintes par les barrages hydrauliques, qui ne pourront jamais rentrer dans le cadre de la réforme agraire. Ainsi, le gouvernement du PT [5] termine le PNRA II en ne remplissant que 29,6 % seulement de l’objectif 1 fixé, qui était de 550.000 familles installées nouvelles.

Au delà de ces chiffres, le résultat de 2008 est bien plus bas encore, car l’INCRA [6], dans les plus de 70.000 Rapports de Bénéficiaires émis, a installé seulement 20.000 familles nouvelles en rapport avec la réforme agraire. La différence est également à mettre au compte de la régularisation foncière (25.000) du rétablissement foncier (24.700) de la réinstallation des touchés par les barrages (300 familles).

De telle manière qu’en analysant les données relatives aux six ans du gouvernement actuel, il se vérifie que n’ont été installées qu’un peu moins de 180.000 familles par le réforme agraire. Ce piètre résultat découle de la politique délibérée du MDA/INCRA de ne pas faire la réforme agraire prévue au PNRA II. C’est pourquoi plus de 150.000 familles continuent d’être sous des toiles noires dans des campements [7] le long des routes du pays.

Comme tout le monde le sait, la défense de la réforme agraire a toujours été un important drapeau de la pensée progressiste et révolutionnaire, mais le silence d’une partie importante des intellectuels semble indiquer qu’il a été enterré. Certains, y compris, se consacrent à produire des textes montrant que la réforme agraire n’est plus nécessaire historiquement. Certes, ils continuent à ne pas prendre en considération dans leurs analyses la continuité des conflits ruraux qui, en 2008, ont concerné plus de 500.000 familles, comme le révèlent les données divulguées par la Commission Pastorale de la Terre (CPT).

Cette lutte sanglante pour la terre et pour le territoire ne se limite pas seulement au paysannat multifacette du pays, mais touche également fortement les peuples indigènes et les renaissances des " Quilombos " [8].

Ainsi, j’en viens à le répéter, la politique de réforme agraire du gouvernement de Luís Inácio da Silva est-elle marquée par deux principes : il ne la fait pas dans les zones de domination de l’agronégoce, et ne la fait seulement que dans les zones où elle peut "aider" l’agronégoce. Ou encore, la réforme agraire est définitivement accouplée à l’expansion de l’agronégoce au Brésil.

Ce processus contradictoire inclut la position gouvernementale de continuer à prétendre qu’il fait la réforme agraire, or le nombre de familles nouvellement installées a chuté sensiblement au cours des trois dernières années : en 2006 elles furent 45.000, en 2007 seulement 31.000 et en 2008 d’à peine 20.000. Il englobe également le changement d’orientation politique à partir de 2008, quand le gouvernement opta pour la régularisation foncière à travers la MP 422 [9] . Révélant ainsi, d’une façon toujours plus claire, l’option du gouvernement du PT pour la contre-réforme agraire.

Cette orientation fut révélée entièrement dans l’option, l’année passée, pour la légitimation des terres publiques appropriées illégalement dans l’Amazonie par les «  grileiros  » [10] moyens avec des surfaces jusqu’à 1,5 hectare. Elle s’est renforcée depuis, en 2009, avec la MP 458 qui, de façon éhontée, a ouvert la possibilité pour l’acquisition de terres « grillées » jusqu’à 2,5 hectares, donnant la préférence aux « grileiros » qui se les sont appropriées illégalement.

La justification du gouvernement actuel pour admettre la légalisation des terres publiques de l’INCRA dans l’Amazonie légale tient de la farce populiste, car il affirme qu’elle va bénéficier aux petits posseiros  » [11]. En réalité, les petits posseiros , qui dans la législation actuelle ont déjà le droit constitutionnel à la légitimation de leurs parcelles, n’occupent que seulement 20 % de ces terres. De plus, dans les six premières années de ce gouvernement, l’INCRA a bien peu fait pour les régulariser, car il n’a atteint que 17 % de l’objectif 2 fixé dans le PNRA II.

Ainsi, la régularisation foncière va bénéficier aux grileiros de l’agronégoce qui, de façon illégale, se sont emparé des terres publiques de l’INCRA. De plus, cette option révèle que l’INCRA ne va pas solliciter de la justice la réintégration de la possession de ses terres « grillées », comme le demande la législation en vigueur, mais va garantir ces terres usurpées par l’agrobanditisme. C’est pour cela que la violence continue dans l’Amazonie légale.

Cette option pour la régularisation du “grillage [12] des terres publiques révèle que le gouvernement de Luiz Inácio da Silva substitue à la politique de réforme agraire la politique de régularisation foncière. Se renforce ainsi, une fois de plus, la victoire de l’agronégoce dans la question agraire brésilienne et l’adhésion définitive du MDA/INCRA aux intérêts de l’agrobanditisme , des « grileiros » de terres publiques de l’INCRA. Les signatures par le minsitre du MDA et par le président de la République des MP 422 et MP 458 reflètent donc la consolidation de la contre-réforme agraire du gouvernement petiste dans le second mandat.

Tous ces actes apparemment légaux révèlent l’ « effort » du MDA/INCRA pour tenter, à tout prix, de changer la législation pour agrandir l’espace possible de régularisation foncière ou d’aliénation aux occupants illégaux de terres publiques sous sa responsabilité. Cette adhésion à la régularisation du « grilagem » se révèle dans les nouvelles du site de l’INCRA : « maintenant ils (les "grileiros") pourront acheter au gouvernement fédéral les terres qu’ils occupent déjà depuis des années et ne vont plus être obligés d’être en concurrence avec d’autres intéressés » (MP signée pour la régularisation foncière en Amazonie – 26/03/08 http://www.incra.gov.br).

Ces actions de dilapidation du patrimoine public va donner à l’agronégoce plus de 115 millions d’hectares de terres publiques potentiellement dévolues et plus de 67,8 millions d’hectares qui, y compris, sont la propriété de l’INCRA et sont «  grillées ». sur ce total, la surface occupée par les petite paysans « posseiros » (284.000) est de seulement 17 millions d’hectares.

Par conséquent, il convient de continuer à affirmer que l’objectif de la politique de contre-réforme agraire du gouvernement de Luiz Inácio da Silva au cours de son second mandat est, en vérité, de légaliser le « grilagem » de plus de 182 millions d’hectares de terres publiques et dévolues constitutionnellement de la réforme agraire, des peuples indigènes, des réminiscences de « quilombolas » et de protection environnementale.

· Ariovaldo Umbelino est professeur de géographie retraité, à l’Université de São Paulo (USP). Spécialiste des mouvements sociaux dans les campagnes brésiliennes, il est l’auteur, entre autres, de livres marquants : «  Modo capitalista de produção  » (Ática, 1995), et de " Agricultura camponesa no Brasil " (Contexto, 1997).

Source : A regularização fundiária da MP 458 é a contra-reforma agrária do governo Lula

[1] PNRA II : second Plan National de Réforme Agraire

[2] Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire

[3] Rapports des bénéficiaires émis

[4] Installations de familles paysannes au titre de la réforme agraire

[5] Parti des Travailleurs de Lula

[6] Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrária

[7] «  acampamentos  »

[8] Rassemblements d’esclaves fugitifs

[9] Mesure présidentielle Provisoire, sorte de Décret

[10] grands exploitants sans titre de propriété légal

[11] petits paysans occupants précaires

[12] grilagem


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