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Territoires en partage ...
Martin Vanier :

Le pouvoir des territoires

Essai sur l’interterritorialité

mercredi 29 avril 2009 par Jean-Yves Martin

Depuis plusieurs décennies la France réinvente ses territoires, « ces espaces appropriés qui contribuent à la construction sociale et à la conscience qu’on en a ». Les territoires « sont des sujets politiques, ce qui les distinguent des espaces géographiques qui en sont les supports ». L’auteur le rappelle d’entrée : « le territoire est un espace socialement construit et approprié au point de constituer en même temps un référent identitaire, un cadre de régulation et un périmètre pour l’action publique ».

Géographe, professeur à l’université de Grenoble, il a exercé un mandat d’élu local, engagement politique qui lui permet de revendiquer ici une parole mixte féconde, propre à l’essai. "L’hypothèse interterritoriale" qui fonde cet essai – ni manuel, ni traité - tient dès lors en trois propositions :
- Les territoires, en tant que sujets politiques, sont en retard sur les territoires en tant que sujets sociaux et économiques ;
- Ils ont désormais moins à organiser et exercer le pouvoir sur l’étendue qu’ils délimitent, à une seule échelle (communale à nationale) qu’un pouvoir interterritorial, à plusieurs échelles (multi-scalaire donc), qui soit partagé.
- Le passage d’une conception politique du territoire à une autre n’a rien de spontané. Il requiert une invention, une volonté politique, technique et administrative, bref, une politique publique de l’interterritorialité.

L’ouvrage confronte ensuite cette hypothèse interterritoriale à cinq questions, faisant successivement l’objet de cinq chapitres.
- La première question est sociale / sociétale : Qu’est-ce qui conduit les individus et les groupes à déborder par leurs activités, pratiques et comportements, les cadres territoriaux qu’ils ont contribué à construire ? Cette mobilité ne fait pas bon ménage avec la fixité des territoires, et « le choc avéré dont le monde économique est le théâtre entre des acteurs de plus en plus labiles et transgressifs, et des régulateurs en mal de coordination et de logique systèmique » a même été porté à son paroxysme avec l’accentuation récente d’une crise également territoriale.
- La seconde question est plus spécifiquement urbaine, « parce que l’urbanité est notre horizon contemporain ». Pourquoi le monde récent, dit faute de mieux "périurbain", est-il à la fois plébiscité par les contemporains, et pourtant orphelin de conceptions collectives et de politiques publiques ? L’hypothèse interterritoriale interpelle au quotidien cet espace périurbain comme " tiers-espace ". L’ouvrage concluant à la défaite permanente de l’aménagement et de l’urbanisme (qui) est un des signes les plus concrets de déficit d’interterritorialité entre villes et campagnes. Ce tiers-espace interterritorial quotidien, peut devenir « source d’innovations pour ce qui a trait à l’habiter, au statut de la nature dans le ville peu dense, aux formes de la centralité et aux espaces circulatoires ».
- La troisième question est politique : pourquoi les territoires, comme ceux de la recomposition territoriale en France ou de l’Europe communautaire, ont-ils d’ores et déjà épuisé les ressorts de leur efficacité ? L’ouvrage dénonce alors les formes prises par un "sur-régime" territorial, porteur « d’un attachement de moins en moins tenable aux limites du territoire », à travers décentralisation et recomposition territoriale communautaire...
- La quatrième question est-celle de l’action : comment organiser l’interterrritorialité ? Avec quelle marges d’action, qui soient en rupture avec le rapport quasi féodal de l’action publique territoriale ? De l’examen d’expérimentations, de pratiques marginales et de changements de fond plus ou moins cachés, se dégagent quelques bases d’apprentissages de l’interterritorialité concernant aussi bien le technicien territorial, l’élu local que le citoyen habitant ;
- La cinquième question est posée à l’histoire. Ce phénomène interterritorial serait-il "post-moderne" ? Écartant le chausse-trappe d’une soi-disant "fin des territoires" l’auteur souligne qu’au contraire « un bouleversement politique est au travail, et s’entend déjà à qui prête l’oreille à toutes les échelles ». En réponse, l’interterritorialité s’offre comme une utopie concrète. Celle de « la déterritorialisation du pouvoir politique, pour mieux préparer sa reterritorialisation sur des bases nouvelles à inventer soulevant de lourdes questions de légitimité politique, de justice fiscale, d’efficacité de l’action (...) et ouvrant de nouveaux espaces pour la démocratie des usages, pour l’affirmation de biens communs locaux-planétaires, pour une solidarité plus redistributrice ».

Évitant tout appel à une pseudo cause interterritoriale, ce livre invite avant tout au débat entre territoires, « ceux des disciplines scientifiques, ceux des mondes professionnels, ceux des familles politiques et idéologiques, comme ceux des êtres géographiques et sociaux que nous sommes. Entre territoires, il y a encore tant à inventer ! »

M.Vanier, «  Le pouvoir des territoires, essai sur l’interterritorialité  », Ed. Economica/Anthropos, 2008, 160 p. 19 €.

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