Territoires en partage ... "Alter-Géo" V.0.2
Loïc Blondiaux

"Pour un nouvel esprit de la démocratie

Actualité de la démocratie participative"

dimanche 19 avril 2009 par Jean-Yves Martin

L’auteur part d’un paradoxe : celui de la force de cette notion pourtant floue de « démocratie participative ». La nouvelle configuration internationale d’exigence d’un nouvel art de la gouvernance, certes très marquée par les ambigüités des élites dirigeantes, surtout lorsqu’elle ne réduit à « une ingénierie technocratique de la participation », ne peut que provoquer les suspicions légitimes des citoyens.

Néanmoins, comme l’affirme l’auteur, « cet ouvrage prend au sérieux les efforts accomplis pour expérimenter véritablement l’idéal d’un public démocratique actif. Et c’est dans cette seule visée qu’il pointe les limites, les difficultés et les éventuels effets pervers des applications contemporaines de la démocratie participative ».

En fait, l’idéal participatif se décline d’ores et déjà sous des formes plurielles. Il hésite encore beaucoup entre diverses techniques, suivant des modèles plus ou moins sophistiqués allant depuis le simple « débat public », jusqu’à celui du « budget participatif », en passant par celui du « Jury de Citoyens », mais sans parvenir à devenir un « véritable instrument d’émancipation politique ». Même dans l’hypothèse la plus haute, celle du Budget participatif – comme dans le cas emblématique de Porto Alegre, au Brésil - « la part de décision laissée au jugement populaire reste résiduelle et porte sur une fraction, parfois infime, du budget total de la collectivité considérée ».

Pour l’auteur, la démocratie participative, telle qu’elle se pratique aujourd’hui assez couramment, « s’apparente à une série d’exercices de communication dans lequel l’enjeu réel est bien plus de signifier l’intention de faire participer que de faire participer réellement ».

A l’inverse, sous ses diverses formes, une telle participation semble parfois se retourner contre la démocratie elle-même. Sous couvert du piège de la proximité, elle n’échappe pas en effet à la tentation de l’instrumentalisation, avec renforcement des inégalités sociales, sans aboutir à une réelle influence sur les décisions.

Mais l’auteur veut donner, malgré tout, certaines raisons d’espérer. Car, « si on admet que le projet d’une meilleure participation des citoyens à la chose publique vaut la peine d’être poursuivi, il faut s’interroger sur les manières efficaces de concrétiser un tel idéal plutôt que de s’arrêter sur le seul constat d’une difficulté de mise en œuvre ».

L’impossible maintien de l’argument d’autorité des seuls élus et experts, ouvre bien déjà la voie à de nouvelles formes des «  arts de la résistance  ». Les transformations de l’action publique, avec la reconnaissance sans restriction d’une compétence citoyenne, autorise ainsi une nouvelle approche de la décision politique. « Il s’agit de reconnaître la capacité du citoyen à délibérer, avec d’autres, sur le bien commun et sur son aptitude à mettre ses compétences individuelles au service d’un projet collectif ». Pour l’auteur, « en démocratie, l’aptitude à juger des affaires politiques doit être considérée une fois pour toutes comme universelle ».

La lecture de cet ouvrage convainc que la démocratie participative se définit par « l’ambition politique de faire participer à la prise de décision l’ensemble de ceux qu’elle est susceptible d’affecter ». Elle ne signifie pas pour autant que « le pouvoir de décision soit transféré entre les mains du peuple. Il reste, in fine, entre les mains des représentants élus. Mais ceux-ci ont obligation de rendre des comptes en permanence sur les choix qu’ils accomplissent. Ils sont désormais comptables de cette discussion publique qu’il leur revient d’organiser ».

La démocratie participative, en dépit de ses limites et de ses effets pervers, plaide cependant en faveur d’une autre conception de l’exercice du pouvoir. Que les expériences menées jusqu’à présent ne soient pas parvenues à réaliser pleinement cet objectif, tout particulièrement en France, ne signifie aucunement qu’il faille y renoncer.

Afin d’appuyer cette évolution, l’auteur exprime « six brèves recommandations pour une démocratie effective » :
-  prendre au sérieux les formes matérielles de la discussion ;
-  encourager l’émergence des pouvoirs neutres ;
-  promouvoir une constitution démocratique mixte ;
-  jouer sur la complémentarité des dispositifs ;
-  repenser la relation à la décision ;
-  réaffirmer sans cesse l’idéal d’inclusion.

A l’heure d’une dévitalisation préoccupante des institutions démocratiques représentatives traditionnelles, les perspectives ouvertes par la démocratie participative offrent « une sorte de dernière chance ». C’est dès lors le « défi d’un nouvel esprit de la démocratie » qui est en jeu à travers « le programme politique encore flou et hésitant qu’est la démocratie participative »

L.Blondiaux, «  Le nouvel esprit de la démocratie, Actualité de la démocratie participative  », Ed. Seuil, Coll. La République des idées, mars 2008, 112 p., 10,5 €


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