Bref debriefing du colloque Droit à Lefebvre UCN 29-31 mai 2018

De nouvelles recherches font plein Droit à Henri Lefebvre

Samedi 2 juin 2018, par Jean-Yves Martin // Henri Lefebvre

Ce colloque international du 29 au 31 mai 2018 à la MRSH de l’Université de Caen, portait certes principalement la marque de la coopération déjà engagée entre l’UCN et l’UNAM, avec une majorité de Français et de Mexicains présent(e)s, mais comptait également des participations et des communications canadienne, uruguayenne, et italienne.

Dans leurs deux conférences inaugurales Rémi Hess (« Henri Lefebvre aux abords de mai 1968 ») et de Jean-Pierre Garnier (« Mai 68, coup d’envoi d’une « révolution » sociétale ») ont été pleinement dans leur rôle respectif : celui du meilleur connaisseur de la vie de l’œuvre d’Henri Lefebvre pour l’un, et celui de pourfendeur vigilant de la violence spatiale contemporaine et du rôle que joue la petite bourgeoisie intellectuelle dans l’effacement des classes populaires. Une découverte - de leur propre aveu - pour un certain nombre de participant(e)s.

Jeunes chercheurs tous azimuts

Quelques communications remarquées :

- Celle de Florence Pondaven, chercheuse en géographie urbaine à Aix-Marseille, sur le street-art comme outil du néolibéralisme urbain, entre marketing territorial et résilience urbaine. Florence Pondaven, ou : « La galerie urbaine à Lisbonne : les enjeux de l’officialisation d’un art vandale ».

Voir les photos :

https://artanddailyfix.com/2017/01/07/gau-aka-galeria-galeria-de-arte-urbana-lisboa/

- Celle de Thibault Besozzi,de l’Université de Lorraine, « Henri Lefebvre à l’épreuve de l’ethnographie urbaine, présentant sa thèse et son livre : La société des galeries marchandes, sur le petit monde de personnes âgées au cœur du centre commercial.

Plus que jamais, les centres commerciaux sont aujourd’hui le théâtre privilégié de la société de consommation. Mais sont-ils toujours fréquentés par des « consommateurs » ? Que révèle l’analyse ethnographique de ces institutions marchandes ? Cet ouvrage propose un regard original sur la vie sociale des galeries marchandes de ces espaces typiques de la modernité urbaine. L’auteur s’est plongé à l’intérieur d’un centre commercial pendant plusieurs mois. Il y découvre l’existence d’un petit monde d’habitués - des personnes âgées en proie à la solitude et à l’ennui - qui s’approprient quotidiennement les fauteuils et bancs disposés dans les galeries marchandes. En s’intégrant dans ces groupes de sociabilité au jour le jour, Thibaut Besozzi met en lumière la nature et l’importance des liens sociaux qui se nouent dans le centre commercial. Cependant, dans cette « fourmilière » de clients où règnent les rapports marchands et impersonnels, le détournement d’usage des personnes âgées et leurs relations personnalisées, défient l’ordre institutionnel des galeries marchandes. Peu rentables et peu représentatifs de l’image du « bon client », les habitués doivent négocier leur place aux yeux des vigiles et de la direction qui tentent de limiter la présence de ces « indésirables ».

- Celle de Rolando Espinosa Hernandez (UNAM) sur « Henri Lefebvre et la nouvelle lecture de la Critique de l’économie politique, un héritage indispensable pournotyre temps (voir : Texte : http://observatoriogeograficoamericalatina.org.mx/egal15/Teoriaymetodo/Pensamientogeografico/05.pdf)

- Celle de Lucia Fernandez Gabard, urbaniste uruguayenne, intitulée « Disputas en torno al acceso a los residuos de Montevideo en la era del homo detritus », mettant en évidence l’importance de la question des déchets, des ordures ménagères, dans les inégalités socioterritoriales des métropoles des pays du Sud.

Et bien d’autres, dont notamment la présentation et la projection du film « Pile, permis de démolir », réalisé par le collectif Hiatus, avec les habitant(e)s de la Table de quartier du Pile en périphérie de Roubaix, soumis à un projet municipal de rénovation urbaine impliquant l’expropriation et la démolition d’un certain nombre d’habitations dont certaines murées, mais d’autres toujours habitées. Un conflit socioterritorial impliquant la population, qui se termine malheureusement par l’échec de leur mobilisation.

Quand la géographie académique inventorie son propre manque lefebvrien

Côté géographes académiques, Fabrice Ripoll (Paris-Est Créteil) proposait un exposé : « Droit à Lefebvre, droit d’inventaire ?, en forme de « Retour critique sur le statut et le rôle de l’espace chez Henri Lefebvre et quelques-uns de ses usages académiques ». Il bénéficiait, tout à coup, d’une audience très éphémère des géographes du cru. Rendant publique « une réflexion ancienne » mais « sans publication » toutefois, il a fait part de ses interrogations sur les rapports entre espace et société, en revenant à la « géographie du pouvoir » de Claude Raffestin (1980). Contrairement à bien d’autres géographies académiques dans le monde (États-Unis, Brésil) il confirme alors combien la géographie universitaire française - au-delà des mésusages et des pillages de concepts - « production de l’espace » (R.Brunet), « épreuve de l’espace » (M.Lussault), etc. - mais vidés de leur contenu comme de leur attribution lefebvrienne, a complètement raté le coche de la référence à Henri Lefebvre, à part quelques rares exceptions dont celle de Guy Di Méo (L’Homme, la Société, l’Espace, 1991).

Aujourd’hui, Fabrice Ripoll entend pourtant exercer son « droit d’inventaire. » Encore faudrait-il qu’il y ait quelque-chose à inventorier de ce côté. Sauf à relancer, mais quelques décennies trop tard, un débat byzantin sur le « socio-spatial » qui n’est plus vraiment d’actualité. En conclusion, Fabrice Rippol a cru devoir préciser qu’il n’était « plus lefebvrien, ni peut-être marxiste » ! Mais ça, on s’en doutait un peu. Dommage, mais sans grande surprise.

Peu importe. Ce qu’il reste de rassurant, c’est que de jeunes chercheurs et chercheuses s’emparent des concepts de la « spatiologie » lefebvrienne pour conduire leurs propres recherches, on le voit, les plus diverses et variées.

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