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Rencontres de la Ducherais 2006
La littérature du Nordeste brésilien
Du stigmate géographique à l’enchantement romanesque
| Cette "conférence-causerie" a pris la forme d’une projection commentée d’un vidéo-diaporama au cours des 3ème Rencontres de la Ducherais, à Campbon (Loire Atlantique), le dimanche 11 juin 2006 |
| par J-Yves Martin, co-auteur du livre " LA TERRE AU BRÉSIL, de l’abolition de l’esclavage à la mondialisation ", coord. I.Muzart Fonseca dos Santos et D.Rolland, Ed. l’Harmattan, mai 2006 |

Plus encore qu’à travers les grands classiques de la sociologie brésilienne que sont Euclides da Cunha (« Os Sertões ») ou Gilberto Freyre (« Casa grande e Senzala »), ou que par les formes populaires de la culture nordestine, comme la “littérature de Cordel” ou les chanteurs improvisateurs (“repentistes”), c’est bien par “l’enchantement romanesque” des œuvres d’une génération d’écrivains des années 1920-50 - Rachel de Queiroz, Graciliano Ramos, José Lins do Rego et Jorge Amado - que la région est célébrée et connue, d’abord au Brésil, et aussi dans le monde entier.
Avant que le “cinéma novo” des années soixante et puis contemporain, ne s’empare à son tour des charmes attachants de cette région plus gâtée par sa culture que par l’idée qu’on se fait de sa nature. Un modeste essai de "géographie humaniste" à partir de tous ces "romans géographes" (Marc Brosseau), la plupart peu connus en France, faute de traduction.

1 - Sur le Nordeste : Litoral, Agreste et Sertão
2 - A propos de la culture nordestine :

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3 - De quelques grands écrivains brésiliens du Nordeste
![]() | Graciliano Ramos 1892-1953
Rachel de Queiroz 1910-2003 José Lins do Rego 1901-1957 Jorge Amado 1912-2001 |
Graciliano RAMOS (1892-1953)a exercé diverses fonctions officielles, avant d’être nommé en 1936 directeur de l’Instruction publique de État d’Alagoas. Homme public, il est également un écrivain reconnu. En 1936, dans un climat d’agitation politique, nous sommes à la veille de la dictature de l’Estado Novo (1937-1945) de Gétulio Vargas, Graciliano Ramos est incarcéré sous la vague inculpation de communisme. Il est emprisonné au bagne d’Ilha Grande d’où il ne ressortira qu’à l’âge de quarante-quatre ans... Il consacrera la fin de sa vie à rédiger ses Mémoires de prison qui s’inscrivent dans un mouvement d’épreuves et d’exorcisme.
Rachel de Queiroz (1910-2003)
Fille d’une famille de grands propriétaires, Rachel de Queiroz est née à Fortaleza (Ceara). En 1930, elle publia son roman le plus célèbre O quinze, qui fit sensation dans le pays, tant par l’âge de l’auteur, que par le fait d’être une narration fortement sociale écrite par une femme. Convertie au marxisme, comme beaucoup dans sa génération, elle adhère au PCB (Parti Communiste Brésilien) pendant une dizaine d’année, avant de se convertir au trotskisme, jusque dans les années 1940.
Elle se consacre alors à des traductions et au journalisme, devenant chroniqueuse de O Cruzeiro. Dans les années 60, ses positions politiques deviennent de plus en plus conservatrices, au point de devenir l’une des rares figures intellectuelles qui soutenaient le régime militaire.
En 1977, elle est la première femme à entrer à l’Académie Brésilienne des Lettres.
O quinze (1930)
João Miguel (1932)
Caminho de pedras (1937)
As três Marias (1939)
José Lins do REGO (Pilar, Paraíba, 1901 - Rio de Janeiro, RJ, 1957).
Lié au mouvement régionaliste inspiré par Gilberto Freyre, il a évoqué le Nordeste dans des romans exubérants et telluriques : tout d’abord ceux qui constituent le « cycle de la canne à sucre », avec ses maîtres et ses esclaves (L’Enfant de la plantation, 1932 ; Doidinho, 1933 ; Bangüê, 1934 ; Moleque Ricardo, 1934 ; Usina, 1936 ; Fogo morto, 1943), ensuite ceux du « cycle de la sécheresse », où il constate le tragique désespoir de l’homme nordestin dont les seules issues possibles face à la sécheresse et à la misère sont la marginalisation dans le banditisme ou celle du mysticisme à travers les mouvements messianiques qui pullulent dans l’histoire violente du Nordeste (Pedra Bonita, 1938 ; Cangaceiros, 1953).
Jorge Amado (1912-2001) est né en 1912 à Ferradas, dans une plantation de cacao du sud de l’État de Bahia. Toute son enfance est marquée par la rudesse de cette « terre violente » que les planteurs se disputent arme au poing. C’est à Bahia qu’il commence ses études. Il s’enfuit à treize ans d’une école religieuse, pour courir la campagne. À quinze ans, il travaille dans un journal.
Puis il part pour Rio de Janeiro où il publie, en 1931, alors qu’il n’a que dix-neuf ans, son premier roman Le Pays du Carnaval et, un an après, Cacao, qui le classe parmi les écrivains les plus populaires du Brésil. Il travaille alors avec le grand éditeur José Olympio, fait du journalisme, voyage dans toute l’Amérique latine, publie ouvrage sur ouvrage et s’engage politiquement de plus en plus. En 1936, à la veille de la dictature de l’Estado Novo, et alors qu’il est devenu docteur en droit, il est emprisonné et ses livres sont interdits.
En 1945, membre du parti communiste, il est élu député national à São Paulo. C’est de cette époque que date Les Chemins de la faim. En 1948, au moment de l’interdiction du parti communiste, il doit de nouveau s’exiler. Durant cinq ans, il visite Paris - où il se lie d’amitié avec Picasso, Aragon, etc. - puis la Tchécoslovaquie, l’U.R.S.S. Il écrit Les Souterrains de la liberté, rentre au Brésil en 1953, voyage sans arrêt pendant trois ans puis, dès 1956, consacre tout son temps à la littérature. Jusqu’en 1984, il publiera ainsi encore une dizaine de romans, dont la plupart ont été adaptés pour la télévision brésilienne, ou portés à l’écran.
Très populaire au Brésil où elle atteint des tirages considérables, l’œuvre de Jorge Amado est en outre traduite dans le monde entier, en près de cinquante langues.
Le Nordeste au cinéma :

Bibliographie :
Heloisa Toller Gomes : « O Poder Rural na Ficção », Ed. Atica, 1981
Maria Elisa Collier Pragana : « Literatura do Nordeste : em torno de sua expressão social », Ed. José Olympio, 1983
Maria Ignez Novais Ayala, « No arranco do grito : aspectos da cantoria nordestina », Ed. Atica, 1988
J-Y Martin : « Identités et territorialités dans le Nordeste brésilien », Septentrion, 2000. Notamment : « Le discours de la littérature... dans les "romans géographes" de José Lins do Rego », p.119 à 152.
Sylvie Debs : « Cinéma et littérature au Brésil : Les mythes du Sertão, émergence d’une identité nationale ». L’Harmattan, 2003
Coll. « Le Brésil face à son passé : la Guerre de Canudos », L’Harmattan, 2005
Coll. : « La terre au Brésil, de l’abolition à la mondialisation », L’Harmattan, 2006
Everton V. Machado , "J. Amado : gloire et infortunes au pays du carnaval", Acta Fabula, Mai 2006.