Autres articles récents : |
L’espace public
dans la ville contemporaine
Ce livre montre comment les espaces publics ont été privatisés et pourquoi les parcs publics, notamment à Paris et Salvador, deviennent des objets de consommation. Ou : comment les politiques publiques pour les seules classes moyennes accentuent la ségrégation sociale.
EXTRAITS
| Source : Angelo Serpa, « O espaço público na cidade contemporânea », Editora Contexto, 2007. Traduction des extraits J-Y Martin |
| « Quel est le rôle rempli par l’espace public dans la ville contemporaine ? Comment définir l’espace public dans la contemporanéité ? Quelles variables analyser ? Et à partir de quels théories et concepts ?
Discuter du rôle de l’espace public dans la ville contemporaine constitue, avant tout, un défi, non seulement pour la géographie, mais également pour toutes les sciences et philosophies qui se prétendent politiques et actives. L’espace public est ici compris, surtout, comme l’espace de l’action politique ou, pour le moins, de la possibilité de l’action politique dans la contemporanéité. Il est également analysé dans la perspective critique de son incorporation comme marché pour la consommation d’un petit nombre, à l’intérieur de la logique de production et de reproduction du système capitaliste à l’échelle mondiale. Ou encore, bien qu’étant public, certains tirent bénéfice de cet espace théoriquement commun à tous. Il est vu, encore, comme espace symbolique, de la reproduction de différentes idées de culture, de l’intersubjectivité qui relie sujets et perceptions dans la production et la reproduction des espaces banals et quotidiens. La géographie joue un rôle central, comme champ philosophique et scientifique, dans la recherche des réponses aux questions posées initialement. Ici, la production de l’espace urbain, et particulièrement de l’espace public dans la ville contemporaine, exige la conciliation de différentes épistémologies et géographies, de la phénoménologie, à la dialectique marxiste, de la géographie humaniste-culturelle, de portée intersubjective et symbolique, de la géographie critique, de portée sociale et politique [1]. » |
| « Lefebvre va conférer à cet espace homogène - "conçu" - un caractère abstrait, en contrepoint à l’espace absolu, l’espace vécu/perçu des représentations et des pratiques spatiales quotidiennes. Produit de la violence et de la guerre, l’espace abstrait est institué par l’Etat et, donc, institutionnel. Il sert d’instrument pour les détenteurs du pouvoir - politique et économique - détruisant tout ce qui représente menace et résistance, en d’autres termes, ouvrent le chemin pour que s’ homogénéisent les différences. L’espace sert ainsi, au pouvoir institutionnel comme un char de combat, instrumentalisant l’homogénéisation. Le sens de l’espace absolu n’a rien à voir avec l’intellect, gardant des relations avec le corps, avec les menaces à l’existence (à travers des sanctions diverses), avec les émotions (mises l’épreuve à chaque instant). Cet espace est vécu, il n’est pas conçu, il est espace de représentation, plus que représentation de l’espace. Les réflexions de Lefebvre sont sans aucun doute fondamentales pour l’analyse du rôle de l’espace public dans la ville contemporaine. Si l’espace public est, surtout, social il contient avant tout les représentions des relations de production, qui, à leur tour, encadrent les relations de pouvoir, dans les espaces publics, mais également dans les édifices, les monuments et les œuvres d’art [2]. » |
| « Mes recherches montrent que la conception et l’implantation de nouveaux parcs publics, à Paris et à Salvador, à partir des années 1990, ont toujours été soumises à des directives politiques et idéologiques. Dans la ville contemporaine, le parc public est un moyen de contrôle social, surtout des nouvelles classes moyennes, destinataires finales des politiques publiques qui, en dernière instance, cherche à multiplier la consommation et valoriser le sol urbain des lieux où elles sont appliquées. Mais précisément, les nouvelles classes moyennes sont représentées, dans les villes contemporaines, par les nouveaux groupes de travailleurs qualifiés, ingénieurs et techniciens, qui surgissent en fonction de l’évolution des conditions de production, par les classes moyennes salariées avec un niveau élevé d’études, par les nouvelles (ou renouvelées) catégories professionnelles, ou, simplement, par le secteur tertiaire tout entier, sauf évidemment le « nouveau prolétariat » tertiaire, constitué de catégories de travailleurs peu qualifiés, mal rémunérés et/ou avec des emplois précaires. Il s’agit de positions socio-économiques équivalentes, où les représentations sont « socialement référencées ». On pense ici au concept d’habitus, en ce qu’il concerne les comportements des classes moyennes dans l’appropriation de l’espace public contemporain.
Dans le monde occidental, le loisir et la consommation des nouvelles classes moyennes sont les moteurs des transformations urbaines complexes, modifiant des zones industrielles, résidentielles et commerciales en décadence, récupérant et « intégrant » les fronts d’eau, développant de nouvelles activités de commerce et de loisir « festif » [3]. » |
