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Histoire du Lycée Jacques Prévert de Savenay
Une première ébauche
Les bâtiments
D’abord il y a les bâtiments, inaugurés en grande pompe en 1912, en présence du ministre Guist’hau, avec un banquet républicain et discours à l’appui . Ces beaux édifices, plaqués à la périphérie d’une commune qui mettra longtemps avant de les intégrer, dans le paysage comme dans les esprits, exprimaient la puissance de la France à la veille de la Grande Guerre. Leur destination originelle n’était pourtant aucunement alors d’en faire un quelconque lycée, selon le modèle napoléonien de 1802 (loi du 11 floréal an X, 1er mai 1802). Mais, d’une part, une Ecole Normale d’instituteurs (EN) et, d’autre part, une Ecole Primaire Supérieure (EPS) . L’édification de ces bâtiments n’était d’ailleurs que la réalisation tardive d’une vague promesse faite en 1868, sous le Second Empire, quand Savenay avait perdu son rang de sous-préfecture, au profit de Saint-Nazaire, alors en pleine expansion.
Mais cette affectation scolaire particulière de ces bâtiments ne résiste guère elle-même aux grands chocs de l’histoire du XXème siècle, avec leur transformation instantanée en hôpitaux militaires au cours des deux conflits mondiaux. L’épisode de l’Hôpital militaire américain, en 1917-1919, est à cet égard le plus marquant, mais pas le seul.
Les crises de croissance
Ce n’est que sous la contrainte de l’évolution socio-économique de l’environnement local que le statut scolaire des bâtiments évolue. Si l’Ecole normale tient bon, jusqu’au début des années 1980, l’EPS devient Collège moderne (1942), puis Lycée municipal (1959). Et, dès la première moitié des années 1970, il craque.
C’est qu’au cours des « Trente Glorieuses » (1945-1975) le développement de l’estuaire ligérien (centrale EDF de Cordemais, raffinerie de Donges...) entraîne naturellement une première poussée à la hausse de la population locale, sous la forme d’une nette polarisation cadres/salariés, bien visible dans des cités EDF séparées pour les unes et les autres comme à Savenay. Le prolongement de la scolarité, ainsi qu’une première démocratisation scolaire, font craquer les cadres établis. C’est pourquoi le lieu commun fréquent - parfois bêtement répété aujourd’hui - d’un soi-disant “lycée rural” était-il déjà dépassé dès l’époque même où l’établissement accède au titre et au rang de lycée ! Il n’était alors plus possible de compter seulement sur les établissements de Nantes et de Saint-Nazaire, eux-mêmes débordés, pour faire face à cet afflux. De même, l’évolution des modes de vie - automobilisation des familles, raccourcissement des distances, mitage des campagnes - avait déjà réduit l’intérêt et la demande pour des formes de scolarisation telles que l’internat, en passe d’être ringardisé. D’où également la généralisation des transports scolaires au long cours. Depuis, 80 % des élèves du lycée y viennent chaque jour en car.
Les ajustements
Malgré sa majesté extérieure, le bâtiment de l’ex-EPS était cependant devenu, à l’intérieur, vétuste et inadapté pour accueillir ensemble, dans des conditions acceptables, collégiens et lycéens du lieu. Les travaux partiels se multiplient alors du milieu des années 1960 au milieu des années 1970 : les bungalows provisoires occupent la cour de récréation. La construction d’ailes supplémentaires, les aménagements de classes répondent tant bien que mal à l’afflux. Jusqu’à ce que le collège Saint-Exupéry soit lui-même construit et ouvert au Prince-Bois en 1975, récupérant le 1er cycle et faisant, momentanément, baisser la pression sur le lycée.
Mais ses effectifs, avec désormais le seul second cycle, qui ne dépassent plus les 100 élèves à la fin des années 1970, repartent rapidement à la hausse du fait de la périurbanisation accélérée dans la zone intermédiaire de la bi-métropole Nantes-Saint-Nazaire. Le lycée s’inscrit de la sorte pleinement dans une nouvelle phase historique de la scolarisation nationale qui est celle de la « massification », à laquelle, malgré certaines dénégations locales, il n’échappe évidemment pas. Au recrutement des classes moyennes s’ajoutent dés lors plus massivement encore celui des classes populaires. Pour atteindre son plein essor dans les années 1990, quand désormais presque tout le monde va au lycée. Alors que le corps enseignant, peu à peu rajeuni et féminisé, mais au fort turn-over, continue de venir principalement de Nantes et de Saint-Nazaire, hiatus notable entre profs d’ailleurs et élèves du lieu.
Pour canaliser ce nouvel afflux, certains cours du lycée, toujours administrativement installé dans l’ex-EPS, traversent alors la rue J.Malègue pour se tenir plus à l’aise dans les locaux d’une EN elle-même en sursis prolongé. Quant au statut de l’établissement, la Loi de décentralisation de 1982 apporte enfin une clarification nécessaire, avec les écoles primaires revenant à la commune, le collège Saint-Exupéry au département et le lycée à la Région Pays-de-la-Loire. Encore faudra-t-il que le conseil général, dont dépendait l’Ecole Normale négocie la vente du bâtiment côté EN à la Région. L’ouverture du lycée C.Claudel de Blain, en 1994, stabilise les effectifs, en retirant au lycée de Savenay toute la partie Est de sa vaste zone de recrutement (Bouvron, Blain, Fay, etc.).
Mais si les murs reculent, les filières ne se diversifient que lentement. Les sections générales accueillent très majoritairement des filles, alors que les garçons doivent souvent aller chercher ailleurs, des créneaux plus ciblés ou pointus. L’ouverture des sections G d’abord, devenues STT par la suite, ne corrigent qu’à peine ce biais. C’est seulement avec la nouvelle section ISI en 2004, qu’un vrai changement intervient, mais il reste encore trop limité.
J-Y Martin