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GEOGRAPHIE CRITIQUE

Ariovaldo Umbelino de Oliveira*

logo Brésil : la réforme agraire en 2006
la politique de l’agronégoce a gagné

mardi 14 août 2007 par

Selon l’auteur, géographe brésilien, spécialiste des questions agraires : un nouveau type de logique entre le second gouvernement Lula et les mouvements sociaux et syndicaux : "l’un feint de faire la réforme agraire et les autres font semblant d’y croire".

Et, pour lui, "la réforme agraire n’est pas réalisée parce que le MDA/INCRA ne veut pas exproprier les grandes propriétés improductives, pour ne pas "déstabiliser" l’agronégoce.


Dans un précédent article, j’ai indiqué que, bien que le Ministère du Développement Agraire (MDA/INCRA) ait annoncé qu’il avait installé 136.358 familles en 2006, ceci n’était pas la vérité, car il continuait à ajouter les mesures du second Plan National de Réforme Agraire (PNRA) et les annonçait comme si c’était seulement des installations (assentamentos) nouvelles (Objectif 1). Je soulignais aussi qu’une fois opérée l’expurgation et la reclassification des données, nous avions : réinstallation foncière : 165 familles ; réordination foncière : 31.120 familles ; régularisation foncière : 59.294 familles et réforme agraire de fait (objectif 1 du PNRA II) : 45.779 familles.

La répartition selon les régions brésiliennes et leurs États respectifs, montre que la politique de réforme agraire du gouvernement Lula est marquée par deux principes : il ne la fait pas dans les espaces de domination de l’agronégoce [grande agriculture capitaliste d’exportation] et, il la fait dans les espaces où elle peut "aider" l’agronégoce. Soit encore, la réforme agraire est définitivement accouplée à l’expansion de l’agronégoce dans le pays. Y compris, il ne coute rien de rappeler encore une fois que, que le décret sur les nouveaux indices de productivité des immeubles ruraux, n’a pas été signé à ce jour.

Mais, voyons comment sont réparties les installations de réforme agraire en 2006 [assentamentos] (Objectif 1), après expurgation des doubles comptes :

-  Dans la région Sud, ce sont seulement 932 familles, dont 184 en Santa Catarina, 348 dans le Rio Grande do Sul et 400 familles dans le Paraná. Un résultat ridicule avec presque aucune répercussion.
-  Dans la région Sudeste, nous avons 1.949 familles installées, y figurant l’État de São Paulo avec 697 familles, celui de Rio de Janeiro avec 171 et le Minas Gerais avec 810 familles. Résultats faibles, comme si la réforme agraire n’y était plus d’actualité.
-  Dans le Centre-Ouest, ont été installées 7.761 familles, sachant que 2.318 l’ont été dans le Mato Grosso do Sul, 2.718 dans le Goiás, 316 dans le District Fédéral [Brasilia] et ses environs, et 2.409 familles dans le Mato Grosso. Peut-être, dans cette région la réforme agraire pourrait changer la logique de la domination du latifúndio [grande propriété foncière], mais il en faudrait bien plus...
-  Dans la région du Nordeste, 24.039 familles ont été installées, bien que la distribution selon les États soit très inégale, car dans l’Etat de Bahia nous avons 2.336 familles, dans le Sergipe 424, en Alagoas 263, dans le Pernambuco 7.163 (dont 4.271 dans le seul Catende), en Paraiba 316, et dans le Rio Grande do Norte 379, dans le Ceará 490, 5.066 dans le Piauí et 7.602 familles dans le Maranhão. Il semble que dans cette région, la thèse hégémonique sur la réforme agraire du gourou des des "jeunes" du MDA/INCRA puisse être réalisée : installation seulement loin des terres des "coroneis", anciens ou nouveaux, peu importe.
-  Dans la région Nord, nous avons l’installation de 11.098 familles, figurant le Tocantins avec 1.637 familles, le Pará avec 8.103, l’Amapá avec 161 et en Romaira 761, 31 en Amazonas, 182 dans le Rondônia et 223 familles dans l’Acre. Il apparaît aussi, que la thèse du MDA/INCRA, alliée à la thèse du Ministère du Milieu Ambiant, peuvent avoir comme résultat la combinaison entre le "grilagem" (appropriation illégale) de terres, l’appropriation de la forêt et sa propre davastation, pour l’expansion de l’élevage.

Ainsi il peut s’observer que dans les régions ou l’agronégoce a sa force économique - Sud (2%), Sudeste (4%) et Centre-Ouest (17%) - ont été installées seulement 23 % des familles. Le Nordeste, pour sa part, figure pour 52% des familles et le Nord avec 24% d’entre elles. Comme on peut le voir, la réforme agraire n’a pas été faite dans le Centre-Sud parce que le MDA/INCRA ne le veut pas, car dans ces régions où domine l’agronégoce, il y a beaucoup de latifúndios improductifs dans le Cadastre de l’INCRA. Par exemple, dans le Rio Grande do Sul il y a 1.697 grandes propriétés occupant un million et 217 mille hectares ; dans le Paraná 2.212 grandes propriétés contrôlent un million 681 hectares ; dans l’État de São Paulo 3.885 grandes propriétés ; occupent 2 millions et 558 mille hectares ; Minas Gerais 5.022 grandes propriétés contrôlent 6 millions et 500 mille hectares ; et dans le Mato Grosso il y a 9.750 grandes propriétés contrôlant 34 millions et 300 mille hectares improductifs.

Répétons le, la réforme agraire n’est pas réalisée parce que le MDA/INCRA ne veut pas exproprier les grandes propriétés improductives de ces États pour ne pas "déstabiliser" l’agronégoce.

Pendant ce temps, le gouvernement avance, donnant des "excuses en lambeaux" aux mouvements sociaux et syndicaux, qui n’y croient plus vraiment. Ainsi surgit un nouveau type de logique entre le gouvernement Lula et les mouvements sociaux et syndicaux : l’un feint de faire la réforme agraire et les autres feignent d’y croire.

Mais il est nécessaire de relever le fait qui attire le plus l’attention dans les données officielles du MDA/INCRA : la "jeune" SR [Superintendance] de Santarém (elle a à peine deux ans) informe avoir installé 33.700 familles et la SR-01 de Belém 20.072 autres familles, qui s’ajoutant aux 6.886 familles dites installées de la SR-27 de Marabá, parviennent à un total de 60.638 familles installées dans l’État du Pará. Ces données pourraient être considérées comme le plus grand record de la réforme agraire au Brésil, et le Superintendant de la SR-30 être considéré, comme il semble que cela soit fait par le Président Lula, comme "l’homme" de la réforme agraire.

Risible tromperie, parce que ces "dites" installations, dans leur majorité absolue, ont été "faites" à la fin de l’année passée, et comme on le sait, il n’y a pas de ressources humaines et matérielles dans cette unité pour atteindre de tels résultats. De plus, comme je l’ai déjà écrit dans le livre "Conflits ruraux - Brésil 2005" de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), l’État du Pará est lieu de prédilection du "grilagem" [appropriation frauduleuse] des terres publiques brésiliennes.

Il est très probable que cette "performance" perverse sert à couvrir une nouvelle stratégie pour la continuation de la dilapidation du patrimoine public en Amazonie. La différence est que désormais, la réforme agraire est un "instrument" pour l’action criminelle. Cette histoire sera racontée à vous tous dans un prochain article.

(*) Professeur titulaire de Géographie Agraire de l’Université de São Paulo (USP). Spécialiste des mouvements sociaux ruraux et de l’agriculture brésilienne, il est l’auteur, entre autres livres, de : "Modo capitalista de produção (Ática, 1995)", "Agricultura camponesa no Brasil" (Contexto, 1997).

Source : "A reforma agrária em 2006 : a política do agronegócio venceu", Radioagência NP, 10 août 2007. Traduction : J-Y Martin.
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